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modestes élucubrations
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Date de création : 30.03.2008
Dernière mise à jour : 28.03.2009
14 articles


Mise en scène cosmique /mise en obscène sportive

Publié le 28/03/2009 à 12:00 par ecumesdesjours
Mise en scène cosmique /mise en obscène sportive
C'est le printemps près du stade de la Beaujoire à Nantes. Le cheminement fut lent, souterrain comme une longue fermentation dans la chaleur de la terre. Nous continuions à nous agiter, à virevolter dans l'agitation quotidienne, insouciants des choses essentielles, aliénés par les discours répétitifs et vains; et c'est apparu comme une évidence : les révolutions de nos astres influents ont fait soudainement remonter les marées dans l'éclat de la saison nouvelle. La grande marée d'équinoxe a tout balayé et le printemps s'est invité . Dans son indifférence provocante la nature nous a renvoyés à nos chères obsessions nombrilistes et depuis elle mène grand train à profusion de formes et de couleurs dans l'orbe du ciel, imperturbablement. Et dire qu'à deux pas de cet endroit rêvé près de l'Erdre s'affrontent encore sporadiquement les "canaris" enrhumés du grand stade auxquels ces fleurs lancent un coup d'oeil ironique: ont-ils jamais eu l'idée d'y traîner leurs crampons? On a les combats qu'on peut... Délires de beauté cathartique ou étalages tarifés de gloires éphémères souillées par l'argent facile et poisseux qui colle à leurs maillots. Sic transit...

Le temps a laissié son manteau
De vent de froidure et de pluye,
Et s'est vestu de brouderie,
De soleil rayant cler et beau.

Il n'y a beste ne oyseau,
Qu'en son jargon ne chante ou crie:
Le temps a laissié son manteau.

Rivière,fontaine et ruisseau
Portent en livrée jolie,
Goutte d'argent d'orfavrerie,
Chacun s'abille de nouveau.
Le temps a laissié son manteau.

rondel de Charles d'Orléans XVème siècle + magnolias au parc de la Beaujoire à Nantes



Artefact à Jaujac (Ardèche)

Publié le 22/03/2009 à 12:00 par ecumesdesjours
Artefact à Jaujac (Ardèche)
L'eau, l'air, la terre et le feu (ou du moins sa mémoire inscrite dans ces coulées basaltiques grandioses). Vous y ajoutez un cercle, un agglomérat de pierres volcaniques qui subtilement ont été agencées dans un dégradé de couleurs rouges et bleues et vous obtenez une bombe de lave à peine refroidie ou la vision de notre monde en formation; les forces telluriques sublimées dans la quintessence de l'idée puissante et pourtant si dérisoire de l'artiste , de l'homme fragile qui est passé par hasard dans le fond de cette vallée où se déchaîna aux temps géologiques la violence chtonienne, primordiale. Dualisme, dialectique irrésolue de la culture qui se confronte à la nature, à la monumentalité de cette géologie spectaculaire qui nous plonge immédiatement dans la méditation métaphysique. A l'heure de la vitesse virtuelle le poids de ces millions d'années de formation que souligne ici l'artiste par la spiritualité de son geste charge de sens le moindre cheminement du touriste passant. Passages , transitions de la matière à l'esprit. Jeu de signes dans un décor majestueux. Loin de l'insignifiance des discours sur l'actualité si lourde par ces temps difficiles ...

Ecumes... Ecumer quoi? Ecumants, vous?Sans blague!

Publié le 08/02/2009 à 12:00 par ecumesdesjours
La proximité de la mer inspire. Les vagues, les mouvements et les rythmes infinis ,les conjugaisons multiples des fluides qui explosent en gerbes d'écume sur les rochers nourrissent l'esprit au même titre que certaines oeuvres auxquelles se confrontent un jeune esprit encore naïf .C'est ainsi que m'apparut l'édition originale de "l'écume des jours"de Vian que j'achetai alors dans une librairie des champs élysées vers les années 60. Vian était encore inconnu et proscrit des lycées où la littérature était encore étudiée et enfermée dans les conventions de la bienséance humaniste. La déconstruction structuraliste commençait à peine et le nouveau roman se limitait à quelques "penseurs pensifs". Ainsi loin de voir alors dans l'oeuvre de Vian une morne application des préceptes romanesques de la modernité ce fut pour moi comme une extase du verbe ,une jubilation (très France Culture!) du langage et une libération. Enfin la langue redevenait vivante , s'inscrivait dans un parcours existentiel qui me paraissait exemplaire. Un vrai humaniste ce Vian , pas un sorbonnard poussiéreux ,un homme aux multiples facettes,aux mille métiers,insaisissable, sérieux et drôlatique, complexe et "ondoyant" comme l'écrivait Montaigne.Ce fut une rencontre de celles dont on ne peut jamais se départir. Et je reste persuadé que ce livre dont l'écriture parait encore si légère va à l'essentiel: bousculer la raison jusqu'aux limites de l'imaginaire. A l'heure des technico commerciaux, du langage autoproclamé et autoréférentiel la poésie de Vian est salutaire.D'où ce clin d'oeil en forme de modestes élucubrations.
ecume: mousse qui se forme à la surface des liquides agités et surchauffés...

allez , champagne ! Lettre à un ami.

Publié le 25/12/2008 à 12:00 par ecumesdesjours
> Cher Michel,
Noël advient et sans doute auras tu comme il se doit l'occasion de
boire un peu de ces breuvages traditionnels auxquels on ne peut
échapper . A ce propos me reviennent quelques souvenirs de mon père
(grand amateur de vins) auxquels se mêlent les traces de mes lectures
hédonistes ,notamment Onfray, souvenirs que je viens partager avec toi
et qui t'inciteront ,j'en suis sûr , à apprécier cette ambroisie. Bref
après cette mise en bouche un peu lourde ,venons en au fait. On avait
parlé d'analogon à propos de bulles . Te rappelles tu? Il s'agissait
plus précisément des bulles de champagne ; ce produit subtil de
quelques viticulteurs. A l'image des fleurs du mal, on peut parler de
transmutation, d'artefact suprême. Au départ des terrains médiocres ,
marneux : la champagne pouilleuse, une région triste et infâme car à
part le sourire de l'ange de la cathédrale de Reims on s'y ennuie
ferme. Dans la difficulté l'homme se surpasse parfois . Loin des
grands vins gastronomiques il fallut tout inventer. Et ce fut le coup
de génie : ne pas arrêter la fermentation naturelle par des excès de
soufre et équilibrer ces vins à l'origine médiocres par des mélanges
savants. L'année calamiteuse est compensée par les vins de garde les
meilleurs. On ajoute du moult, du sucre et des levures; on manipule
longuement au coeur de la terre et le tour est joué.
Quelques années après , la valeur marchande aidant , le luxe des
bulles participe à la féerie. Et si on a substitué au pinot, ce cépage
d'origine si vulgaire, un pur jus de Chardonnay le goût est de la fête.

Mais ce n'est pas tout , on sait bien que dans la société du spectacle
on est plus dans la représentation et l'imaginaire que dans la
réalité . Le champagne c'est aussi une histoire. L'image d'un moine
gourmand ,Dom Perignon, la spiritualité liée au ventre ,
l'intercesseur entre le ciel et la terre. Et en plus contemporain du
grand Louis et de ses fastes . Watteau et ses fêtes ,ses embarquements
pour Cythère et les pupilles des filles qui pétillent. Sensualité
d'une époque où l'on découvrait aussi les lois de la gravitation. Les
pommes qui tombent , les bulles qui montent, montent. Rassurant : il
n'y a pas que le mouvement brownien , incohérent et stochastique de la
mouche au milieu de la pièce surchauffée, il y a des jeux de forces
antagonistes plus civilisées et plus rationnelles ! Ainsi vont les
bulles de champagne qui "sont des comètesqui traversent les étoiles,
qui flambent dans le cosmos, des forces qui strient sur le mode
lumineux le ciel contenu dans les coupes de verre" (onfray).Encore ce
jeu des correspondances baudelairiennes. Et puis en véritable analogon
de la vie le champagne le champagne nous diffuse la poésie et la
vérité de ses bulles instables et éphémères, à notre image d'hommes,
êtres fragiles et transitoires., libres mais contraints par la
nécessité d'une disparition programmée et rapide . Nous sommes comme
ces bulles qui s'agitent dans l'effervescence d'une existence en
perpétuelle disparition. Atomes perdus dans l'infinité, perles
baroques dérisoires, décompositions sublimes en feux d'artifice,
pétillements qui s'élèvent et qui poursuivent des formes de
transcendance ,d'entéléchie mais qui retombent lourdement dans
l'opacité du monde. Image parfaite de l'homme qui poursuit
inexorablement la joie et le bonheur pour mieux exorciser l'image
funeste du destin qui le poursuit.

Bref carpe diem avec du champagne et bonnes fêtes à tous les deux.
Cri cri ,philosophe à la petite semaine.

* A lire et relire par ces temps de déréliction : " La raison gourmande " de Michel Onfray
* A lire et peut-être à découvrir les polars de Michel Chevron dont l'écriture tendue et ciselée ne peut que vous ravir: " Fille de sang" "Les purifiants" edition Canaille/revolver . Je bois un verre de Champagne à sa santé en attendant la sortie de son prochain roman ( et c'est pour bientôt !)

immarcescible, quoique...

Publié le 15/10/2008 à 12:00 par ecumesdesjours
immarcescible, quoique...
Machines désirantes selon Deleuze, nous ne cessons depuis des années , avec le soutien des communicants de tous poils de nous enivrer des mensonges les plus grossiers. On aurait fini par croire à un dépassement de l'histoire, au monde virtuel réconfortant de medias qui nous ont mis sous perfusion avec leur spectacle permanent. Quand le monde a évacué le sens on est plus tranquille tant la définition nous rend malheureux par les désillusions qu'elle nous impose. Reste à diffuser en permanence de fausses significations comme sait le faire la pub. Paroxysme de l'absurde , le système qui nous a tant menti explose ces jours-ci et la réalité la plus rugueuse refait surface dans une violence inouïe. Que va-t-il rester ? Le roi est nu et les experts discrédités. Ironie ultime : le homard géant de Jeff Koons s'est emparé de la galerie des glaces à Versailles. Transparence de l'oeuvre d'art qui fait référence absolue au réel ? Et je rentre d'un séjour à Florence où la matière fut, il y a si longtemps au regard de notre modernité, sublimée par les artistes de la Renaissance. Où pourrions nous à présent trouver un démiurge comme Michel Ange pour nous libérer de ces maîtres irresponsables et corrompus qui nous tiennent en esclavage? Répondez à ce cri qui se perd dans l'espace infini de nos bavardages auto-référentiels ( auquel je m'adonne parfois avec la gourmandise de celui qui joue aussi avec le sens ! )

retour (fin)

Publié le 08/09/2008 à 12:00 par ecumesdesjours
Cela se déroulerait encore comme sur le film super 8 de nos jeunes années.
L'héroïne, jeune femme romantique, reviendrait sur un lieu de mémoire à la recherche d'un temps perdu. C'était une petite ville de bord de mer entourée de vignobles et de prairies fraîches où paissaient encore de belles vaches nonchalantes jusque sous l'ombre du clocher.
Une sonnerie stridente annonce le train. La garde-barrière se hâte avant l'arrivée de la micheline rouge.
Elle descend du train, regarde longuement sa montre, évasive et souriante sur le quai qui se vide. Elle avance rêveuse au fond du parvis de la gare vers le grand escalier, raccourci qui mène directement au cœur du bourg qui s'éveille. Retour brusque à la réalité ; elle descend affolée : il n'y a personne à l'attendre. Néanmoins d'un pas sûr elle se dirige vers le vieux quartier des pêcheurs.
La petite rue est bien là, qui s'ouvre sur la baie dont l'eau calme se moire des chaleurs de l'été. La mer est au jusant et l'estran scintille des mille feux de ses miroirs de sable encore mouillé.
Elle s'arrête alors devant une des petites maisons. Tout semble tranquille comme si l'on était hors saison. Après avoir déposé son sac à l'entrée, elle court vers cette eau dont le vert jade est aujourd'hui si profond. Là sur la grève, encore humide du dernier reflux, elle se livre à une course folle et joyeuse sur le sable. Les roches de schiste vert sont un peu plus loin recouverts de varech glissant. Un petit garçon, d'un pas hésitant y ramasse des coquillages. Ils se sourient et jouent de leurs regards un moment ensemble. Puis l'enfant disparaît.
L'harmonie semble brisée et, pensive, elle feint de retrouver là dans le murmure du vent qui vient du large un chant perdu.
Ensuite c'est le retour à la maisonnette où l'attend son sac. Elle regarde les volets clos. Elle sait encore où est la clef. Elle ouvre la porte délicatement et la pousse avec des gestes mesurés... s'arrête un peu... se retourne... va à la boîte aux lettres : elle est vide.
De nouveau à la porte, elle s'attarde un peu comme si elle hésitait à franchir le seuil. Elle entre enfin et ouvre les volets. Elle revoit alors cette chambre dont les murs encore recouverts d'une tapisserie ancienne lui semblent si désuets.
Elle observe longuement les roses qui se répètent sur le mur. Nous sommes sur le mur et ne sommes pas dures... Cette familiarité la rassure. Elle s'allonge sur le lit, un peu lasse d'être au bout du voyage. De son sac elle tire une lettre qu'elle parcourt rapidement. Elle se relève et s'avance vers l'ancienne armoire à glace. Se regarde-t-elle ? Elle ne parait pas se voir.
Elle sort de la chambre. Le fauteuil est toujours là dans le séjour. Un temps d'apaisement, elle s'y assoit. Sur la cheminée un livre oublié : "l'amour fou" d'André Breton. "Boys du sévère... ils portent les clés des situations... événements qui m'auront poursuivi de leur marques...". Lui reviennent ces phrases si profondément initiatiques et prémonitoires.
On la surprend plus tard dans le marais breton après Les Moutiers, vers Lyarne, le long des étiers d'où s'envolent lourdement les hérons cendrés. Au sud c'est le port du Bec ou "port chinois" que l'on nomme ainsi car les vieux chalutiers de bois multicolores y viennent aborder le long d'une forêt de pieux enfoncés dans la vase épaisse du fond de la baie. Sur ces débarcadères juchés sur de longues perches, elle observe le minutieux travail des ostréiculteurs qui trient et déchargent leur pêche. Au milieu des filins et autres câbles orangés et rongés de rouille, parmi les carcasses des bateaux rendus aussi, ici dans leur cale, au bout de leur voyage, elle repère toutes sortes de choses témoins de temps révolus : morceaux de coque creusés par les tarets en innombrables sculptures, bois flottés aux formes arrondies, manilles et ridoirs anciens en bronze recouverts d'une croûte cuivrée et craquelante.
Puis elle va manger une crêpe dans le baraquement qui fait office de café situé près des bassins ostréicoles. Elle en profite pour acheter chez Melon des huîtres et des crustacés.
Le vent se lève et fraîchit au flot venant. Il est temps de rentrer.
On la revoit quelque temps plus tard dans la vieille maison. Elle regarde à la fenêtre, figée dans l’embrasure de ces vieux murs épais, le visage clair-obscur tourné vers le puits au milieu du jardin. Les miettes qu’elle jetait jadis sur la margelle attireraient-elles encore le rouge-gorge coquin ?
Eh oui. Il est toujours là goguenard et un brin ironique. C’est un signe favorable qui provoque en elle un sursaut de joie fébrile…
A présent elle prépare le repas, dresse la table. Gestes tendres. Elle arrange le bouquet, allume une bougie…et des assiettes, et des verres.
Enfin elle se pare, se maquille, attend, écoute. Elle va jusqu’à la porte. Y aurait-il quelqu’un ? Tout paraît si normal. Elle s’attable et semble regarder avec tendresse quelqu’un, là, dans le hors champ de sa conscience.
Le repas n’a-t-il jamais commencé ? La bougie est consumée et les assiettes sont vides.
On referme les volets. Sur le lit restent la lettre et le livre d’André Breton.
Peut-être est-elle repartie vers cette plage au nord du village que l’on appelle « crève-cœur ». A cette heure elle a quitté les lieux. Le village est loin maintenant. Il est dit qu’on y faisait du drap dont on faisait les voiles. Des bernes.
Si par hasard vous y passez, ne vous retournez pas lorsque vous la quitterez . Ou vous reverrez à jamais le nom de « la Bernerie » Et c’était bien dans une berne que l’on faisait sauter l’endormi pour lui faire une farce …

Retour de vacances( de vacance)

Publié le 24/08/2008 à 12:00 par ecumesdesjours
Retour de vacances( de vacance)
Fascinante cette propension générale à la procrastination. Fondement mélancolique de notre psyché contemporaine obsédée par la réussite? Abréaction aux impératifs de surpassement et phobie du futur subséquente? D'où cet engouement pour les commémorations, les mémoriaux , les biographies, les mémoires . Le passé toujours et encore ; recherche de sens , de repères pour les électrons libres que nous sommes.
Retour donc; retour aux amours mortes , en forme d'exorcisme.
En ce temps là j'étais ailleurs ''every where out of the world" mais le réel n'avait pas encore proclamé sa disparition. Ce temps était dense ; de cette densité des événements qui le déforment jour après jour ; le temps élastique d'Alice au pays des merveilles. Est-ce l'effet de l'acuité juvénile? Tout était prégnant.
Le petit garçon s'éveillait alors dans la fraîcheur roborative d'un matin d'automne. Un air de guitare, le lyrisme suranné d'une romance des années 60 et tout recommençait: les mêmes enthousiasmes, la même euphorie l'enivrait sur le fil ténu de l'instant. Funambule du présent , il se voyait jouant la pantomime au milieu d'enfants rieurs.
Ainsi ça vous remonte parfois au coin des yeux, à la périphérie de l'iris et ça perle doucement :mystère des correspondances ; condensations profondes qui remontent à la conscience et vous ébranlent.
A ce moment précis l'orchestre retentit : c'est l'éclat cuivré et emphatique des musiques de foire. Encore fondu dans l'obscurité chaude, magnétique des coulisses, tu revois le petit cirque ambulant ; une trompette magique, cet air si connu , une musique fellinienne , Nino Rota, la pénombre envoûtante du chapiteau ; un spectacle de baladins, simple et chaleureux.
Le temps suspendu du bonheur. Instants fugaces qui s'irisent dans la mémoire. Et enfin la revue générale, le grand défilé triomphal, rutilant sous les applaudissements.
Ils étaient repartis ensuite très vite. Peut-être convient-il qu'il se le rappelle toujours quand il a peur. Lui c'était l'enfant du vert paradis, l'autre (toujours étrange pour l'enfant) c'était un adulte dont le visage s'était jadis très vite arrêté de vieillir ; à cause d'une maladie; un mal paradoxal en somme : une sorte d'antidote contre la vieillesse; c'était incompréhensible pour le petit garçon. D'autant que les médecins nommaient cela :la maladie bleue...
Ils roulaient dans la nuit de juin, fouettés par l'air chaud qui coulait en nappes épaisses sur les toits du village endormi.L'enfant se tenait debout, apeuré mais fier sur la petite plate forme du scooter de Pierre ,l'homme à la maladie bleue ; blotti entre les bras de cet homme si tendre tant il est vrai que l'humanité la plus profonde vient de l'homme qui souffre. Le roseau serait -il plus pensant que le chêne?
L'air, la vitesse, les parfums de fraises mûres qui montaient des jardins, tous ces premiers émois d'une conscience en devenir, c'était son premier accord, sa première fusion avec le monde et les étoiles vagabondes illuminaient son coeur.
"mes étoiles au ciel avaient un doux froufrou"...Une espèce de da sein dionysiaque dont le déferlement d'images nous ramène au clown, ce personnage essentiel qui concentre en lui tous les paradoxes de l'homme.
Fellini. Le clown. La strada. L'errance. Situation-limite de l'artiste : "oserai-je encore ce soir?" Poursuivre ce rôle convenu , nos fonctions sociales dérisoires. Et cette "entrée" qui ressortissait à un rituel immémorial. Il lui était toujours plus difficile de franchir cette dernière zone d'ombre, se projeter dans cette bouche de lumière, être en proie à cette voracité des yeux innombrables encore éblouis par la gracieuse prestation de cette jeune trapéziste qui quittait la piste.
Roulements de tambour. Silence dramatique. Ultime pirouette. Acclamations. Plan rapproché sur la jeune fille radieuse. Plan d'ensemble, traveling circulaire, gros plan sur l'héroïne. Ovations.
Imaginons. Monsieur Loyal ferait aussitôt son entrée. Chapeau claque. Plein de sollicitude pour le cher public.Quelques mots de convention et après, comme vous l'attendez tous, tonitruant , voila le clown . Tout tiendrait à lui . Son image omniprésente . Est-ce bien sérieux?
Comment faire se rejoindre mes pieds si grotesques, si lourds et ses jambes gainées de soie, si aériennes qui planent encore sur l'assistance. Le sens de l'image lié à la persistance rétinienne : que restera -t-il de ce montage périlleux?
Et ça remontait encore à sa mémoire comme une mélopée fatale : ça se voyait dans ses yeux irisés de larmes. C'était le joli temps d'avant; l'espace de tous les possibles. Ce serait la brume du matin sur les rivières de son enfance. Ce fut comme ça. Cela aurait été encore plus beau, plus spectaculaire (quoiqu'un peu mièvre)dans l'évanescence d'une nuit de pleine lune. Ce fut immédiat, violent , sauvage, catharsique. Dire était trop. Le langage en aurait été tronqué , trop arbitraire. Il préférait maintenant se taire.
Le clown, toujours le clown. Gémellité, dualité du personnage . C'est quand il jouait le pire des "Bidoche" que "Raphaël" faisait son apparition (cf Michel Tournier). Alors toutes les strates se découvraient. Pouvait-on encore oublier?
"Et je les écoutais, assis au bord des routes
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front comme un vin de vigueur"
Dialectique fatale de la mémoire et de l'oubli... (à suivre ou non...)

Solstice d'été.

Publié le 17/06/2008 à 12:00 par ecumesdesjours
Soleil généreux. Vent de sud-ouest chaud et lourd comme le foehn, ce vent des alpes autrichiennes qui déchaîne toutes les ardeurs, agite les molécules au tréfonds des êtres. Exubérance chatoyante de la nature.
Relecture de Baudrillard : "le paroxyste indifférent". Oeuvre sans doute crépusculaire, distanciée mais si lumineuse, en effet paroxystique comme le point de non retour, forme d'orgasme cosmique , de supernova ; brillantissime chant du cygne. Bonheur extrême, presque insoutenable de la collusion, du jeu dans le langage, dans l'immixtion au sein de l'intelligence d'autrui.
Toujours cette même lucidité, cette extase renouvelée, diaphorétique par son bouillonnement intrinsèque.
A propos d'un article sur le livre de Pontalis "ce temps qui ne passe pas":
une théorie n'est rien d'autre qu'une sorte d'embarcation traversant le temps avec pour devise le mode optatif"que vogue la galére"
Implosion générale. Fin de l'histoire qui se dissout dans "l'actualité". L'actualité? Le ronronnement grave d'un présentateur qui lit avec ennui et détachement son prompteur depuis des années sous son maquillage roux . Subrepticement le retour du réel , un acte manqué parfaitement réussi: " vous aviez l'air d'un petit garçon fier de jouer dans la cour des grands " ( à propos de la participation d'un gnome au G8) .Pfuittt !!! Jeté,le vieux canard au romantisme suranné. Aux oubliettes . Au suivant . Une Barbie le remplacera. Ainsi va l'histoire pipolisée jusqu'au trognon.
Impression de vide social donc. L' humanité est aussi , à sa manière"paroxystique" et "indifférente"... Hors de l'histoire , hors de notre système d'interprétation, de représentation né avec les philosophes du 18 éme siècle . Nous retombons nous aussi dans cette fatalité ; peut-être la seule voie vers une renaissance des énergies créatrices? sauvageries coruscantes ( pas celles des rapeurs bling bling) qui construiront de nouvelles cosmogonies .

massification

Publié le 22/05/2008 à 12:00 par ecumesdesjours
massification
"On ne peut pas dire le mal sans être aux yeux de la pensée dominante qui est celle du bien , un traître et un imposteur" Baudrillard .
Imaginons les affres des camps de déportation dans les années 40 en Allemagne près de Buchenwald par exemple. Quel problème cela pouvait-il poser au citoyen allemand lambda qui vaquait, avec toutes les difficultés inhérentes à un état de guerre, à ses occupations quotidiennes ? Le camp était clos, hermétiquement. Aucune information fondée objectivement ne devait pouvoir filtrer à quelques centaines de mètres de là. En quoi pouvait-on considérer qu'il fût, ce citoyen, responsable directement de ces atrocités ?
Idem, hic et nunc. Qui sait ? qui a l'information dans ces masses obscurantistes manipulées , souvent par omission, par les medias ? C'est la démocratie, le respect des idéaux républicains, les droits de l'homme comme référence obligée ; une forme, une avancée définitive. Un rapprochement, une élévation inéluctable vers la perfection du "phénomène humain" selon Teilhard.
C'est ainsi qu'à quelques kilomètres de la côte de jade, au sein même de ce bocage riant du pays de Retz, dans ces prés encore illuminés de floraisons printanières s'élèvent de sinistres bâtiments aux façades oblongues, géométriques , fonctionnelles, aux "normes" actualisées par la législation européenne, "hygiéniques", destinés à l'élevage intensif. "Batteries" , mot connoté de triste mémoire.Adieu veaux, vaches, cochons, dindes drolatiques, grotesques et gloussantes dans les vertes prairies ...
Visions dantesques de l'accumulation absurde de profits liés à "l'exploitation" agricole des animaux. Plus-value sur la torture de millions d'êtres . Dix mille par unité de production : risques d'étouffement permanents. Espace vital compté. Univers excrémentiel , temples scatologiques. Parts obscures, obscènes de la fatalité entropique de notre économie . Atmosphère saturée d'exhalaisons azotiques de milliard de déjections quotidiennes.Abolition du temps et des corps soumis à une mécanique fonctionnelle implacable liée au rendement.. Tout tient à la chaîne .Tératologie programmée d'animaux happés dans la spirale infernale des intégrateurs qui exploitent eux-mêmes les petits paysans. Les dindes de 15 kgs ne peuvent plus tenir debout . En effet les progrès de la sélection génétique et de l'alimentation constants permettent des gains de productivité: pour un temps donné d'élevage( 15 semaines) le poids des dindes a presque doublé en dix ans. Ajouté à cela le confinement affecte les os qui ne supportent plus les corps. Bien sûr on ne peut échapper à la "réalité" économique.
Au dehors tout est propre, propret: maisons de petits bourgeois, jardins d'agrément, rocailles aux massifs de fleurs amoureusement entretenues. Vision idyllique d'une campagne de marketing , d'image publicitaire pour boite de camembert ; Monde à la Walt Disney, fantasmatique et plein de bons sentiments pour le consommateur en demande d'authenticité: "produit de la ferme garanti"
Suprême ironie: à deux pas de l'élevage de cochons et de ses truies monstrueuses vautrées dans la fange, au coeur des rejets de lisiers pestilentiels qui stagnent dans une fosse à côté des bâtiments trône la maison coquette et fleurie qui a obtenu le prix du "meilleur fleurissement"des fermes .
La vie suit son cours, tranquille, avec ses ragots et ses petites jalousies. On vote bien , on a la conscience pour soi et la morale pour les autres . Ici le christ est roi.
Et je passe encore là parfois, sachant tout : la sauvagerie derrière ces longs murs gris de panneaux en fibro gorgés d'amiante; cette souffrance ordinaire garante de notre vampirisme. Que faire sinon passer, donner le change , comme on dit, à la vue d'un de ces bourreaux innocents . Je fais semblant de ne pas voir, j'occulte comme tout le monde et me réfugie aussi dans les contingences, dans l'écume des jours, dans l'illumination de l'instant qui évite bien des réflexions douloureuses. Et je détourne le regard quand au supermarché mes yeux tombent sur ces barquettes de viande aseptisées en polystyrène.
Eviter la réflexion. Jusque quand?
"Pars!"dit Higelin, "surtout ne te retourne pas!"

Pensée pour lui( ou pour moi?)

Publié le 04/05/2008 à 12:00 par ecumesdesjours
Pensée pour lui( ou pour moi?)
En 1997 disparaissait Roland Topor . Me reviennent ses dessins cruels, crus, existentiels que je découvrais avec jubilation à chaque parution du"fou parle", revue d'art et d'humeur des années 70 . Depuis, le politiquement correct s'est insinué dans les moindres replis de la société . Il y a longtemps que cet état d'esprit ( l'établissement) n'est plus confiné à la sphère politico-médiatique et les bêtes immondes dont il s'accommode par sa pusillanimité tiennent le haut du pavé . Reste donc le rire hénaurme , cataleptique pour les bourgeois frileux que nous sommes tous devenus peu ou prou. Passage ,transition de ces êtres d'exception ,essentiels qui marquent votre destin.
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Ecumes... Ecumer quoi? Ecumants, vous?Sans blague!
La proximité de la mer inspire. Les vagues, les mouvements et les rythmes infinis ,les conjugaisons multiples des fluides qui explosent en gerbes d'écume sur les rochers
allez , champagne ! Lettre à un ami.
> Cher Michel, Noël advient et sans doute auras tu comme il se doit l'occasion de boire un peu de ces breuvages traditionnels auxquels on ne peut échapper . A ce
immarcescible, quoique...
Machines désirantes selon Deleuze, nous ne cessons depuis des années , avec le soutien des communicants de tous poils de nous enivrer des mensonges les plus grossiers. On

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